Chronique pour Les Méconnus

Voici un lien vers ma deuxième chronique écrite pour Les Méconnus et portant sur le récit Bruits et gestes perdus de Réjane Bougé.

 

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Les petites pertes de temps // 13

Voilà, voilà, un jour je retrouverai l’inspiration pour vous écrire autre chose qu’un résumé de liens…un jour!

Cute t-shirt!

Muffins choco!

Lui, il me fait rire!

Louis-José Houde: critique littéraire.

Yes! I would… beaucoup!

Des fois, David Gilmour dit des affaires. Pis elle, elle lui répond.

Pas pire chambre!

La collection Stockholm d’Ikea; j’ai tendance à l’aimer.

Comique!

Plein de couleurs.

Extrait. Amen!

Tellement cutes!

J’ai pas fait cette recette là en fin de semaine. Non, j’ai pas fini le fond de la casserole avec mes doigts. J’en ai pas mangé à la cuillère non plus. Et j’en ai pas mis sur mes bagel ce matin. J’ai tellement pas fait ça là…

Bibliothèque du y’able!

Bonne semaine!

Jane, le renard & moi / Isabelle Arsenault et Fanny Britt : pour le plaisir de se faire raconter une histoire.

Vous savez, avec mon travail, j’ai souvent le temps de feuilleter des livres pour enfants. Parfois, c’est un titre comique qui m’accroche, une image particulièrement jolie, ou un heureux mélange des deux. J’avais déjà entendu parler de l’album-BD Jane, le renard & moimais sans m’y intéresser particulièrement. J’aurais dû. C’est vrai que l’intimidation est un des sujets chauds de l’heure, mais si je n’avais qu’un seul livre à conseiller à une maman de jeune fille qui se fait intimider, ce serait celui-là. Avec une copie de Jane Eyre de Charlotte Brontë tant qu’à y être.
La petite Hélène est victime d’intimidation à l’école et dans les rues de la ville. Il n’y a que chez elle qu’elle a un petit répit et c’est lors de ses moments qu’elle se plonge dans la lecture de Jane Eyre qui devient une sorte de compagne ou de guide. Le renard arrive plus tard, dans un camp, et apporte avec lui un grand changement pour Hélène… Vous verrez! J’apprécie beaucoup l’apport de la lecture à cette histoire. Parfois, c’est en s’identifiant à un personnage que l’on veut agir comme lui et s’en inspirer.

Seulement un petit clin d’oeil ce matin, pour vous rappeler que parfois ça fait du bien de juste se faire raconter une histoire… même si on n’a plus 8 ans et qu’on est pas intimidée à l’école. Mais si vous prévoyez lire Jane Eyre, faites attention, vous saurez déjà la fin.

La crainte: Plath, Woolf, Pessoa

Il y a des livres que l’on commence pour des raisons évidentes (oeuvres à l’étude pour un cours, suggestion d’un(e) ami(e) qui aime les mêmes choses que nous, « tout le monde le lit, pourquoi pas moi? », c’est THE great American Novel -p.s. ça ne l’est jamais.). Bref, on ouvre le livre, passe rapidement sur les premières pages sans importance – page de titre, re-page de titre (pourquoi deux pages de titre?), dédicade à Untel-Unetelle (« sans quoi je n’y serais jamais arrivé ») et voilà: c’est là, ça commence. Parfois, on ne sait pas trop dans quoi on s’est embarqué, parfois on le sait trop bien. C’est un peu un contrat. Dès les premières lignes, on a le choix de signer et d’accepter le contrat, ou de le questionner sans cesse durant toute la lecture en ne faisant que planer sur le texte plutôt que l’apprécier ou le comprendre. Connaître l’histoire derrière un texte ou un écrivain m’aide souvent à m’ouvrir au texte plus rapidement. Si d’emblée,  je refuse le contrat que m’offre l’auteur, il est sûr, et probablement certain que je ne terminerai pas le livre.

Parfois, c’est autre chose. Je connais l’histoire du texte, je connais sommairement la vie de l’écrivain, tout ce que je lis m’interpelle, me touche, que c’en est trop. Je ne peux juste pas poursuivre parce que c’est trop, et en tant que grande-anxieuse, ce qui est « trop » me fait peur et m’engloutit. Récemment (disons durant les deux dernières années), trois ouvrages m’ont particulièrement bouleversée même si je n’ai pas été capable de les lire en entier jusqu’à maintenant. Je les reprends sporadiquement, les reprends où j’étais rendue, un peu plus loin, un peu moins loin, et j’essaie de m’y accrocher sans me noyer complètement, en essayant de garder une certaine distance, mais à tout coup, je dois encore arrêter.

Deux de ses livres sont des journaux intimes, publiés après la mort de leurs auteurs, et édités par leurs maris respectifs. Celui de Sylvia Plath, et celui de Virginia Woolf.

Plath a tenu un journal presque toute sa vie. On la suit d’environ 18 ans jusqu’à 3 ans avant sa mort. Les trois derniers cahiers ont été perdus ou détruits par son mari qui ne voulait pas que ses enfants les lisent, ce qui est légitime, mais particulièrement triste, puisque peut-être que quelques questions sur son geste auraient pu être répondues par la lecture de ses textes. Par moment, j’ai envie de souligner la totalité du texte de la page que je suis en train de lire. Parfois, Plath semble lire dans mes pensées tellement elle traduit bien les mouvements intérieurs que peut créer l’angoisse et le questionnement perpétuel qui m’assaillent. Le doute. Elle reconnaît son existence et sait poser les mots pour le décrire comme je l’ai rarement lu chez d’autres auteurs. Mais encore là, ça vient trop me chercher pour que je puisse en lire plus de 3 ou 4 pages à la fois. Je n’ai pas peur de devenir « elle », seulement peur de confondre ce qu’elle a pu vivre avec ma vie, ou plutôt de confondre ses conclusions et les prendre pour expliquer ce que je vis.

Le journal intégral de Virginia Woolf s’étale entre 1915-1941, année de la mort de Woolf. Woolf débute son journal comme un projet d’écriture et non comme un exutoire, mais petit à petit ça le devient. Woolf parle de son écriture et de ses lectures, et (oh surprise!) de ses doutes sur son travail. J’aime voir le climat de création et le chemin que peuvent prendre les réflexions quand toute notre énergie est tournée vers l’écriture. Mais encore ici, Woolf reste une grande angoissée et une dépressive chronique et c’est sur ses passages que je m’arrête souvent, trop émotive, trop submergée.

Le dernier livre est bizarrement un livre de fiction, mais qui prend beaucoup la forme d’un journal, du moins d’un carnet de « fragments ». Le livre de l’Intranquilité de Fernando Pessoa. J’en sais peu sur l’écriture de ce livre, mais je peux vous dire que tout est calculé dans ses courts chapitres. Chaque phrase y est pour un but précis. Après chaque « morceau » de texte, j’ai besoin d’un temps d’arrêt, seulement pour assimiler le texte. Cette lecture soulève beaucoup de questions, de réflexions et demande qu’on y réponde pour l’apprécier. C’est une lecture-dialogue.

Pour l’instant, vous aurez compris que je n’ai pas réussi à terminer ses trois bouquins. Mais, chaque chose en son temps. Présentement, je suis dans Pourquoi Bologne d’Alain Farah, je vous en parle prochainement.

Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan

À la suggestion d’une amie, je commence la lecture de Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan. Dès les premières pages, je savais que je tenais dans mes mains un livre qui allait m’habiter et me poursuivre pendant longtemps. La narratrice trouve sa mère, suicidée, et décide de raconter la vie de celle qui l’a mise au monde et qui a tenté de jouer son rôle de mère malgré ses fortes tendances dépressives et sa maladie mentale. Delphine de Vigan a interviewé beaucoup de gens de sa famille ainsi que de ses connaissances pour arriver à écrire ce récit. Par contre, elle nous l’annonce d’emblée, c’est forcément à un jeu de reconstruction qu’elle se prête, puisque sa vision de sa mère n’est pas celle de n’importe qui de son entourage, et la vision de la jeunesse de sa mère ne lui a apportée que par les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé durant ses années, donc c’est forcément un travail de création que doit faire l’écrivaine pour ces passages.

Sur la couverture (ou sur la jaquette de l’édition grand format), on peut voir une femme blonde, cigarette à la main baguée et d’une beauté remarquable. C’est Lucille, mère de Delphine et je pense que cette image renforce en tout l’histoire. On y revient sans cesse durant la lecture, comme un point de repère. On veut vraiment savoir ce qui a pu se passer pour cette belle jeune femme, pour qu’elle en arrive un jour à vouloir mourir. L’écrivaine soulève des questions douloureuses tout au long du roman:

Jusqu’où aller dans la fiction et la réalité dans un récit autant ancrer dans les faits, les témoignages et l’enquête? Souvent, on sent qu’elle souffre de devoir toujours se rapporter à ses notes pour raconter et rapporter dans le détail, et non seulement ce qu’elle pense ou ce dont elle se souvient. Les prises d’ancrage au réel sont autant de bouées que de poids pour son écriture.

« Sans doute avais-je espéré que, de cette étrange matière, se dégagerait une vérité. Mais la vérité n’existait pas. Je n’avais que des morceaux épars et le fait même de les ordonner constituait déjà une fiction. […] Que cherchais-je au fond si ce n’était approcher la douleur de ma mère, en explorant le contour, les replis secrets, l’ombre portée. »

Où doit arrêter le malheur, la généalogie du malheur dans une famille? Est-ce que donner prise au malheur le rend tangible et le crée? N’est-ce pas ceci au fond l’histoire de chaque famille? Chaque famille abrite ses reconstructions narratives, surtout si les principaux acteurs nous ont quittés.

« J’ignore comment ces choses (l’inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent. Le fait est qu’elles traversent les familles de part en part, comme d’impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni. »

Mais la plus grande question soulevée par le roman est celle-ci:

« C’est ainsi que je les ai interrogés, sans jamais poser cette question à laquelle ils ont pourtant répondu: est-ce que la souffrance était déjà là?« 

Voilà, c’est dit: est-ce que la souffrance était déjà là, lorsque Lucile, petite, jouait avec ses poupées et apprenait le piano? Est-ce que c’était déjà en elle avant toutes les catastrophes familiales? Et surtout: est-ce que Delphine en était à l’abri? Ces enfants à elle, étaient-ils protégés? Que de questions…

C’est une voix forte qu’à Delphine, une voix qui voulait raconter sa mère, une voix touchante qui porte une lecture nécessaire, mais troublante.

The perks of being a wallflower // Stephen Chbosky

« «Do you always think this much, Charlie?»
Is that bad? I just wanted someone to tell me the truth.
«Not necessarily. It’s just that sometimes people use thought to not participate in life.»
«Is that bad?»
«Yes.» »

Le jour où j’ai terminé la lecture de The perks of being a wallflower de Stephen Chbosky, j’ai d’abord été triste, infiniment triste. Triste pour Charlie, cet adolescent un peu maladroit dans l’acte simple de vivre, anxieux, timide, qui n’a pas encore trouvé sa place (comme une grande majorité des adolescents.) J’aurais voulu le prendre dans mes bras et lui dire que c’était pas grave, que «ça allait aller». Mais Charlie n’existe pas physiquement. Par contre, je suis persuadée qu’il existe psychologiquement dans chacun d’entre nous, dans notre partie de nous-même qui ne sait pas ce qu’il l’attend, qui se sent toujours un peu à côté de la «track» quand vient le temps de simplement vivre
Mais tout n’est pas noir dans ce roman jeunesse, Charlie a des amis, une famille aimante, des amoureuses. Il s’en sort bien malgré tout, mais on le sent tellement fragile. C’est bien de voir un personnage adolescent masculin plus fragile en littérature jeunesse, un personnage plus sensible surtout, que ce soit aux autres ou à tous les mouvements émotifs qui se passent chez lui. Beaucoup de questionnements. De doutes. D’inquiétudes. Mais ce n’est pas lassant, ni geignard, détrompez-vous. On comprend Charlie par son intelligence et la manière qu’il a de s’exprimer dans son tâtonnement pour répondre aux questions qui l’habitent. 

Je parlerai peu de la trame du récit en tant que tel, je vous laisse le plaisir de la découvrir. C’est par ailleurs un roman épistolaire. Charlie écrit à «quelqu’un» à la demande de son psychologue qui pense que ça serait bon qu’il se confie à quelqu’un, de là le ton «sans filtre» de Charlie par moment. La littérature prend une grande place dans ce livre, ainsi que le prof de français de Charlie qui lui assigne des lectures pour l’aider à se sortir de son cocon. J’adore tout particulièrement les livres qui nous mènent à d’autres lectures, tout bonnement, comme ça. Souvent des lectures incontournables, mais n’ayant pas le sot : LECTURE OBLIGATOIRE scolaire et rigide. Question de donner autre chose à lire que le palmarès R-Bray. 

–Petit aparté ici: En tant que tel, je n’ai rien contre les lectures que je qualifierais de «masse» ou «populaire». J’ai lu les Da Vinci Code, et Brassière rose et Gin Concombre de ce monde, ce que j’en ai pensé, je le garderai pour moi. Parfois, certaines lectures nous ouvrent l’esprit sur l’existence d’autres lectures. Bella dans Twilight lit Les Hauts de Hurlevent de Brontë, chef d’oeuvre de la littérature anglaise. Peut-être a-t-elle donné envie de le lire à certaines jeunes filles aussi?–

J’avais 12 ans quand le livre paru en 1999, mais rien dans mon parcours de vie ne me l’a mis dans les mains avant 2011 ou 2012, donc à l’âge de 24-25 ans. J’ai sûrement été touchée plus que je ne l’aurais dû par ce livre, mais c’est sûrement parce que j’aurais aimé le lire avant. 
Vous pourrez aussi le lire en français. Traduit en 2013 (?), sous l’horrible titre Le monde de Charlie et ayant pour couverture les acteurs ayant personnifiés les personnages dans l’adaptation en film datant de 2012. 
Mais, lisez le livre avant… Parce que durant le film, on pleure après les 10 premières minutes, et après ça, on est trop fatigués pour apprécier la lecture. 

Des extraits: (Désolée, je n’ai pas réussie à mettre la main sur une copie française. Du coup, je n’ai aucune idée de ce qu’elle vaut.)

«Sometimes, I look outside, and I think that a lot of other people have seen this snow before. Just like I think that a lot of other people have read those books before. And listened to those songs. I wonder how they feel tonight.»

«I just wish that God or my parents or Sam or my sister or someone would just tell me what’s wrong with me. Just tell me how to be different in a way that make senses. To make this all go away. And disappear. I know that’s wrong because it’s my responsibility, and I know that things get worse before they get better because that’s what my psychiatrist says, but this is a worse that feel too big.»

Les petites pertes de temps // 7

Voilà pour cette semaine (ou plutôt la semaine dernière puisque je suis en retard):

Lettres de Scrabble au mur! J’aime!

Idées assez cool pour petits tattoos typo!

Pub creepy/cool pour une librairie.

Le maïs du Québec est arrivé! Miam!

Je ne me tanne pas de regarder ces photos. Détroit.

Reeses Maison: Essayé et approuvé!

Cette fille a remboursé 24 000$ de dettes en 15 mois. Impressionnant! Désolée par contre, site entièrement en anglais…

Bonne semaine :)

Les lectures d’été

On parle souvent des lectures d’été comme étant quelque chose de léger et d’un peu futile, tourné vers la superficialité et disons le: « les affaires de filles. » (Je vous avoue que je ne me suis pas tourné vers le côté masculin du phénomène, et je me demande si ça l’existe chez nos amis lecteurs… Peut-être se tournent-ils vers les polars ou les thrillers?) Pour ma part, je garde les lectures « cerveau à off » pour les fins de sessions ou les moments où j’ai seulement besoin de ne penser à rien et de ne pas réfléchir (ce qui est presque impossible dans mon cas).

J’ai sélectionné pour vous dix livres qui sauront sûrement combler vos pannes de lectures de hamac et de bord de plage, mais qui sauront vous divertir en vous parlant d’autres choses que d’affaires de fifilles. Détrompez-vous! J’adore les affaires de fifilles, mais je ne crois pas qu’on ait besoin de se faire suggérer les Rafaële Germain de ce monde, et encore moins les autres écrivaines libidineuses-dont-nous-tairons-les-noms. C’est seulement qui existe autre chose et que je sais qu’on peut se sentir perdu devant le mur de 5 000 formats de poche chez Renaud-Bray.

  • Charlotte Brontë est née en 1816, et est décédée en 1855 à l’âge de 38 ans. Malgré sa situation financière précaire, elle réussit à publier Jane Eyre qui la fit connaître et lui donna le statut d’une des écrivaines anglaises les plus notables. Sous forme d’autobiographie, nous suivons la jeunesse de la jeune orpheline Jane de l’orphelinat jusqu’au château où elle devient gouvernante. C’est très bien écrit et pas du tout ringard. En fait, il faut surtout le lire pour le personnage de Jane qui est un peu frondeuse, à la limite de l’arrogance, et pour l’époque, c’est plutôt étonnant.
  • Lors de la parution de Madame Bovary, Flaubert est poursuivi pour outrage aux bonnes moeurs, mais est ensuite acquitté au procès. La jeune Emma est forcée de marier Charles Bovary, médecin de province honnête, mais qui apparaît aux yeux d’Emma comme étant monotone et sans couleur. Emma rêve des histoires d’amour à l’eau de rose qui peuplent les romans qu’elle lit sans arrêt. Un terme (bovarysme) est d’ailleurs né de cette propension qu’ont à s’évader certaines personnes dans les univers romanesques plutôt que de faire faire à leur réalité. Emma se laisse donc facilement amadouer par les beaux parleurs, mais je vous laisse voir où cela la mènera. Flaubert était un maniaque qui travaillait chaque phrase, chaque mot, chaque virgule avec la minutie de l’orfèvre, mais n’ayez pas peur, ça se lit tout de même facilement.
  • Francis Scott Fitzgerald avait probablement une vie rêvée: il vient d’une famille fortunée, ce qui lui permet d’écrire à sa guise, se marie à l’âge de 20 ans avec la belle Zelda et a tout pour plaire. Il publie The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique) en 1925, mais les ventes ne sont pas celles espérées. Peut-être était-il un peu trop avant son temps, malgré le fait que le roman se déroule dans les années 20. On suit l’histoire d’amour de Gatsby, racontée par son nouveau voisin, à travers les soirées mondaines où les vices sont à l’honneur. La prose de Fitzgerald est tout en retenue, mais l’ambiance qui se dégage en est une onirique, pratiquement floue et enivrante. Avec la sortie du film au printemps dernier, c’est tout à fait le moment pour reprendre Fitzgerald (et peut-être lire le livre avant a sortie du DVD).
  • Si vous avez envie d’être ébranlé dans vos convictions, mais en vivant un moment de lecture inoubliable, tournez-vous vers Lolita de Nabokov. À sa sortie, le roman fit scandale, et encore aujourd’hui, certaines personnes grincent des dents devant les thèmes de l’histoire. Par contre, j’ai tendance à pardonner Monsieur Nabokov à cause de son écriture sublime, qui sait comment parler de l’amour, la vraie, viscérale, celle qui vient du fond des tripes et qui anéantit tout. Seulement ici, c’est l’objet de cet amour qui pose problème: une jeune nymphette à peine adolescente. À prendre en tant qu’objet littéraire…
  • Vous avez aimé la série Mad Men ? Vous aimerez à coup sûr The Best of Everything de Rona Jaffe (Français: Rien n’est trop beau). On suit ici le parcours de cinq jeunes femmes dans une maison d’édition New Yorkaise dans les années 50 avec tous les bons côtés et les mauvais côtés que cela peut impliquer. L’atmosphère rappelle celle de la série Mad Men en plusieurs points et nous fait envier ces jeunes femmes parfois insouciantes, parfois fonceuses. C’est aussi intéressant de voir comment les temps ont changé… D’ailleurs, dans Mad Men, on voit Donald Draper lire le livre à sa sortie, et avec le recul, on comprend pourquoi ça pouvait l’intéresser. Rona Jaffe a reçu une avance et une offre de publication avant même la rédaction du roman, chose assez surprenante pour l’époque.
  • Premier petit québécois de la liste : Jean-Simon Desrochers. Poète et maintenant romancier, Desrochers est arrivé dans le paysage littéraire québécois en frappant un grand coup avec La canicule des pauvres en 2009. Ce roman à plusieurs (plusieurs) personnages, se déroulant sur 10 jours de canicule vaut vraiment la peine qu’on s’y investisse en tant que lecteur (j’entends ici prendre des notes s’il le faut, parfois la mémoire fait défaut). Si vous ne vous sentez pas prêts pour la brique de la canicule, tournez-vous vers Le Sablier des solitudes, toujours du même auteur. Celui-ci se déroule durant les quelques instants que dure un carambolage, ce qui vient avant et les moments qui suivent. Le grand point fort de Desrochers est l’aisance qu’il a à jouer sur les points de vues des différents personnages. Nous pouvons lire la même scène plusieurs fois, mais selon les personnages différents. Tout comme dans la vie, le point de vue est souvent ce qui change la perception totale d’un évènement. J’avoue être très jalouse de la plume de Desrochers.
  • Paru ce printemps, Chanson française de Sophie Létourneau s’est fait remarquer dès sa parution. J’aime beaucoup la maison d’édition Le Quartanier. L’éditeur publie toujours des ouvrages hors de l’ordinaire dont je parlerai sûrement dans les semaines à venir. Chanson française relate l’histoire d’amour de Béatrice et les choix qu’elle aura à prendre durant celle-ci. Ces choix, tout comme ceux de la « vraie vie », sont souvent lourds de conséquences et la mèneront à Paris, ville de toutes les romances. Létourneau réussit à mener une narration au « tu », ce qui est agaçant par moment et qui donne place à quelques pirouettes dans les tournures de phrases, mais malgré tout, c’est une histoire que j’ai dévorée en deux jours.
  • Patrick Suskind publie Le parfum : histoire d’un meurtrier en 1985 et à la parution, le succès du livre est mondial. Vendu à plus de 15 millions de copies, le roman relate l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille qui n’a aucune odeur corporelle, mais a un odorat phénoménal. Il devient maître parfumeur et comme le titre le révèle, meurtrier. Ce qui frappe lors de la lecture de ce livre, est la puissance de la suggestion, on a parfois l’impression de sentir les descriptions de toutes les odeurs présentes dans ce livre, les bonnes, mais aussi les moins bonnes.
  • Ma dernière suggestion en est plutôt deux. Depuis la sortie de Nikolski en 2005, j’attends avec impatience tout ce qu’écrit Nicolas Dickner. C’est probablement un des auteurs québécois que j’admire le plus par son écriture intelligente qui nous transporte avec ces personnages. Nikolski est une histoire en trois volets, qui poursuit trois personnages dans une quête qui leur est propre. Un livre sans couverture, une boussole, de vieux ordinateurs Commodore, des pirates de toutes sortes : un livre formidable que je ne me tanne pas de relire. En 2009, Dickner récidive avec Tarmac, roman parlant de fin du monde, de nouilles Ramen et de révélations. Nous passons de New York à Tokyo à Rivière-Du-Loup, lieu hautement jet-set du Bas-du-Fleuve. J’ai déjà hâte à la sortie de son prochain livre!

Voilà! J’espère vous avoir donné un peu le goût de lire, ou du moins l’envie d’ouvrir un livre, juste pour voir où ça pourrait vous mener. :)

This is water // David Foster Wallace

En 2005, David Foster Wallace, écrivain et intellectuel américain, est invité à prononcer un discours de graduation au Kenyon College. « This is water : Some thoughts, delivered on a Significant occasion, about Living a Compassionate Life » est la retranscription de ce discours authentique et bouleversant. Wallace ne tente pas de faire la morale aux jeunes diplômés mais plutôt leur apporter une autre vision sur l’étape de la graduation et ce qui suit dans les années (le premier emploi, la vie de famille routinière, etc.). Dans les études supérieures, nous sommes supposés « penser par nous-mêmes » et arriver nous-mêmes à des conclusions selon notre angle de recherche et en nous appuyant sur les travaux de ceux se sont interrogés avant nous. Wallace ne pense pas que c’est ce à quoi on pense qui est important, mais plutôt comment on pense. C’est ce que l’on valorise, ce que l’on vénère qui détermine le regard que l’on pose sur les autres, mais aussi sur soi-même. Si on valorise l’intelligence, on aura tendance à juger les gens selon certains critères, et à toujours trouver que nous sommes « encore trop crétins ». Même chose pour l’argent et le matériel. Les critères de réussite changent selon nos valeurs, et ce qui importe le plus pour nous. Cette vision des choses peut nous amener à redéfinir nos valeurs ou du moins, les réaligner sur ce qui importe.

L’autre partie du discours de Wallace porte sur la compassion. Il soutient que c’est avec une approche de compassion envers les autres et envers sois-même qu’on réussit à survivre dans la jungle quotidienne des repas à préparer, de la productivité à atteindre, du trafic constant et de l’indifférence générale des gens. Encore ici, ce n’est pas tant ce à quoi on pense, mais plutôt comment on pense qui fait la différence.

Ce n’est pas un discours typique que livre DFW et c’est tout à son honneur. J’aurais aimé voir la réaction des gens dans la salle devant ce grand de la littérature américaine. La partie triste est que Wallace se suicida trois ans plus tard, suite à de nombreuses années de combat contre ses tendances dépressives et sa maladie mentale.

La version anglaise du texte.

Une traduction française maison (parfois boboche).