Les lectures d’été

On parle souvent des lectures d’été comme étant quelque chose de léger et d’un peu futile, tourné vers la superficialité et disons le: « les affaires de filles. » (Je vous avoue que je ne me suis pas tourné vers le côté masculin du phénomène, et je me demande si ça l’existe chez nos amis lecteurs… Peut-être se tournent-ils vers les polars ou les thrillers?) Pour ma part, je garde les lectures « cerveau à off » pour les fins de sessions ou les moments où j’ai seulement besoin de ne penser à rien et de ne pas réfléchir (ce qui est presque impossible dans mon cas).

J’ai sélectionné pour vous dix livres qui sauront sûrement combler vos pannes de lectures de hamac et de bord de plage, mais qui sauront vous divertir en vous parlant d’autres choses que d’affaires de fifilles. Détrompez-vous! J’adore les affaires de fifilles, mais je ne crois pas qu’on ait besoin de se faire suggérer les Rafaële Germain de ce monde, et encore moins les autres écrivaines libidineuses-dont-nous-tairons-les-noms. C’est seulement qui existe autre chose et que je sais qu’on peut se sentir perdu devant le mur de 5 000 formats de poche chez Renaud-Bray.

  • Charlotte Brontë est née en 1816, et est décédée en 1855 à l’âge de 38 ans. Malgré sa situation financière précaire, elle réussit à publier Jane Eyre qui la fit connaître et lui donna le statut d’une des écrivaines anglaises les plus notables. Sous forme d’autobiographie, nous suivons la jeunesse de la jeune orpheline Jane de l’orphelinat jusqu’au château où elle devient gouvernante. C’est très bien écrit et pas du tout ringard. En fait, il faut surtout le lire pour le personnage de Jane qui est un peu frondeuse, à la limite de l’arrogance, et pour l’époque, c’est plutôt étonnant.
  • Lors de la parution de Madame Bovary, Flaubert est poursuivi pour outrage aux bonnes moeurs, mais est ensuite acquitté au procès. La jeune Emma est forcée de marier Charles Bovary, médecin de province honnête, mais qui apparaît aux yeux d’Emma comme étant monotone et sans couleur. Emma rêve des histoires d’amour à l’eau de rose qui peuplent les romans qu’elle lit sans arrêt. Un terme (bovarysme) est d’ailleurs né de cette propension qu’ont à s’évader certaines personnes dans les univers romanesques plutôt que de faire faire à leur réalité. Emma se laisse donc facilement amadouer par les beaux parleurs, mais je vous laisse voir où cela la mènera. Flaubert était un maniaque qui travaillait chaque phrase, chaque mot, chaque virgule avec la minutie de l’orfèvre, mais n’ayez pas peur, ça se lit tout de même facilement.
  • Francis Scott Fitzgerald avait probablement une vie rêvée: il vient d’une famille fortunée, ce qui lui permet d’écrire à sa guise, se marie à l’âge de 20 ans avec la belle Zelda et a tout pour plaire. Il publie The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique) en 1925, mais les ventes ne sont pas celles espérées. Peut-être était-il un peu trop avant son temps, malgré le fait que le roman se déroule dans les années 20. On suit l’histoire d’amour de Gatsby, racontée par son nouveau voisin, à travers les soirées mondaines où les vices sont à l’honneur. La prose de Fitzgerald est tout en retenue, mais l’ambiance qui se dégage en est une onirique, pratiquement floue et enivrante. Avec la sortie du film au printemps dernier, c’est tout à fait le moment pour reprendre Fitzgerald (et peut-être lire le livre avant a sortie du DVD).
  • Si vous avez envie d’être ébranlé dans vos convictions, mais en vivant un moment de lecture inoubliable, tournez-vous vers Lolita de Nabokov. À sa sortie, le roman fit scandale, et encore aujourd’hui, certaines personnes grincent des dents devant les thèmes de l’histoire. Par contre, j’ai tendance à pardonner Monsieur Nabokov à cause de son écriture sublime, qui sait comment parler de l’amour, la vraie, viscérale, celle qui vient du fond des tripes et qui anéantit tout. Seulement ici, c’est l’objet de cet amour qui pose problème: une jeune nymphette à peine adolescente. À prendre en tant qu’objet littéraire…
  • Vous avez aimé la série Mad Men ? Vous aimerez à coup sûr The Best of Everything de Rona Jaffe (Français: Rien n’est trop beau). On suit ici le parcours de cinq jeunes femmes dans une maison d’édition New Yorkaise dans les années 50 avec tous les bons côtés et les mauvais côtés que cela peut impliquer. L’atmosphère rappelle celle de la série Mad Men en plusieurs points et nous fait envier ces jeunes femmes parfois insouciantes, parfois fonceuses. C’est aussi intéressant de voir comment les temps ont changé… D’ailleurs, dans Mad Men, on voit Donald Draper lire le livre à sa sortie, et avec le recul, on comprend pourquoi ça pouvait l’intéresser. Rona Jaffe a reçu une avance et une offre de publication avant même la rédaction du roman, chose assez surprenante pour l’époque.
  • Premier petit québécois de la liste : Jean-Simon Desrochers. Poète et maintenant romancier, Desrochers est arrivé dans le paysage littéraire québécois en frappant un grand coup avec La canicule des pauvres en 2009. Ce roman à plusieurs (plusieurs) personnages, se déroulant sur 10 jours de canicule vaut vraiment la peine qu’on s’y investisse en tant que lecteur (j’entends ici prendre des notes s’il le faut, parfois la mémoire fait défaut). Si vous ne vous sentez pas prêts pour la brique de la canicule, tournez-vous vers Le Sablier des solitudes, toujours du même auteur. Celui-ci se déroule durant les quelques instants que dure un carambolage, ce qui vient avant et les moments qui suivent. Le grand point fort de Desrochers est l’aisance qu’il a à jouer sur les points de vues des différents personnages. Nous pouvons lire la même scène plusieurs fois, mais selon les personnages différents. Tout comme dans la vie, le point de vue est souvent ce qui change la perception totale d’un évènement. J’avoue être très jalouse de la plume de Desrochers.
  • Paru ce printemps, Chanson française de Sophie Létourneau s’est fait remarquer dès sa parution. J’aime beaucoup la maison d’édition Le Quartanier. L’éditeur publie toujours des ouvrages hors de l’ordinaire dont je parlerai sûrement dans les semaines à venir. Chanson française relate l’histoire d’amour de Béatrice et les choix qu’elle aura à prendre durant celle-ci. Ces choix, tout comme ceux de la « vraie vie », sont souvent lourds de conséquences et la mèneront à Paris, ville de toutes les romances. Létourneau réussit à mener une narration au « tu », ce qui est agaçant par moment et qui donne place à quelques pirouettes dans les tournures de phrases, mais malgré tout, c’est une histoire que j’ai dévorée en deux jours.
  • Patrick Suskind publie Le parfum : histoire d’un meurtrier en 1985 et à la parution, le succès du livre est mondial. Vendu à plus de 15 millions de copies, le roman relate l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille qui n’a aucune odeur corporelle, mais a un odorat phénoménal. Il devient maître parfumeur et comme le titre le révèle, meurtrier. Ce qui frappe lors de la lecture de ce livre, est la puissance de la suggestion, on a parfois l’impression de sentir les descriptions de toutes les odeurs présentes dans ce livre, les bonnes, mais aussi les moins bonnes.
  • Ma dernière suggestion en est plutôt deux. Depuis la sortie de Nikolski en 2005, j’attends avec impatience tout ce qu’écrit Nicolas Dickner. C’est probablement un des auteurs québécois que j’admire le plus par son écriture intelligente qui nous transporte avec ces personnages. Nikolski est une histoire en trois volets, qui poursuit trois personnages dans une quête qui leur est propre. Un livre sans couverture, une boussole, de vieux ordinateurs Commodore, des pirates de toutes sortes : un livre formidable que je ne me tanne pas de relire. En 2009, Dickner récidive avec Tarmac, roman parlant de fin du monde, de nouilles Ramen et de révélations. Nous passons de New York à Tokyo à Rivière-Du-Loup, lieu hautement jet-set du Bas-du-Fleuve. J’ai déjà hâte à la sortie de son prochain livre!

Voilà! J’espère vous avoir donné un peu le goût de lire, ou du moins l’envie d’ouvrir un livre, juste pour voir où ça pourrait vous mener. :)

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